La tête de ma mère: une drôle de place?

Dans Les p'tites vites by Yannick DionCommenter

De tous les scénarios que je peux me faire dans ma tête, je n’aurais jamais cru qu’un de mes propres textes me ferait voir ma mère autrement. Ou que ça lui ferait penser qu’elle m’a donné une maladie.
Pour faire une histoire en moins de 550 mots, ma mère de 75 ans a lu 3 de mes articles de blogue alors qu’elle était en visite chez moi.
Comme elle n’a pas internet, elle ne savait pas que j’écris. Le fait que ma tête était une drôle de place n’était donc jamais venu sur le sujet. Ben, pas en terme du blogue en tout cas.

Bref, elle a lu, entre autres, Ma place dans l’univers.
En déposant le iPad, elle s’exclame en soupirant: « Oh non, Yannick! Dis-moi pas que toi aussi tu te demandes c’est quoi ta place dans l’univers? Je me pose tout le temps cette question là moi aussi… ».
Ah ben asti. La yeule m’est descendue de trois étages.
Faut comprendre que je n’ai pas souvent eu de conversations sur le « sens de la vie » avec ma mère. Ça n’a jamais vraiment adonné.
Dans les premiers moments de notre discussion, j’ai vu son coeur de mère qui paniquait un peu.
Parce que j’ai senti qu’elle se demandait si elle avait peut-être transmis une maladie à son fils : celle de se poser trop de questions. Et mettons que je sentais qu’elle n’était pas trop sûre que c’était une bonne affaire. Elle avait peur que je doute trop de moi.
Bien sûr, j’ai rassuré son coeur de mère.
C’est pas une maladie pour moi Maman de me poser des questions. En général, mes questions me font avancer et ne m’envahissent pas. Elles rendent ma vie un peu moins Barbie. Ou moins Ken disons. Et j’ai rien contre une vie Barbie, c’est juste pas mon genre de vie à moi.
Et pis, on a continué de jaser. On a partagé sur tout plein de trucs.
Sur les questions qu’elle se pose. Sur comment elle aurait parfois aimé faire les choses autrement. Sur les coïncidences. Sur Deepak Chopra. Sur le fait qu’elle écrit, à tous les jours, en tenant un journal…
Re-asti. Je l’ai eu dans face hein!
On est pas mal plus pareils que je pensais, sur des points où j’étais loin de penser qu’on était pareils!
Et plus la discussion avançait, plus je comprenais que c’est pas le genre de conversation qu’elle peut avoir avec grand monde autour d’elle.
Et plus on parlait et plus je voyais l’étincelle dans ses yeux. Une étincelle qui a changé à jamais l’image que j’avais d’elle.
Elle n’était plus ma mère.
Elle était simplement une femme de 75 ans, qui avait fait du mieux qu’elle avait pu et qui se reconnaissait dans les questionnements de quelqu’un d’autre.
Une femme qui semblait se sentir soudainement moins seule et moins différente, avec ses milliards de questions existentielles.
Une femme qui réalisait, j’espère, que sa tête n’était pas la seule à être une drôle de place.
Et juste pour ça, juste pour ce petit moment-là, ça valait la peine de repartir mon blogue.
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Savez-vous quoi? Si vous le pouvez encore, je vous invite à essayer de partir un sujet de conversation que vous n’avez jamais eu avec vos parents. Juste pour voir. Juste pour voir si comme moi, vous pourriez être surpris.
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