Le vieillard et les craques

Dans Leadership by Yannick Dion2 Comments

Mon bureau à la maison, au 3e étage, donne sur la fenêtre qui donne sur ma rue.

C’est très agréable lorsque j’écris.

Ça me permet de parfois me distraire en regardant passer les gens.

Habituellement, je les regarde furtivement. Parce que je suis occupé à rédiger, tsé.

Mais l’autre jour, un vieux monsieur qui marche péniblement attire mon attention.

Il longe les craques de trottoir, les évalue du bout du pied et semble vouloir les éviter.

Comme si il en avait peur. Comme si son équilibre en dépendait.

Je ne sais pas pourquoi, mais je le regarde vraiment longtemps.

Je me dis : « Pauvre monsieur, qui a peur des craques… ».

Il me fait pitié et en même temps, je le trouve attendrissant.

Puis je pense à la toune d’Adèle qui parle des craques de trottoir en essayant de retrouver l’air…

Pis là, du coin de l’oeil, je vois une jeune fille arriver assez rapidement, écouteurs aux oreilles.

Gros soupir dans ma tête :  « Clash des générations. Absorbée par son soi-même, elle ne voit même pas le pauvre monsieur qui peine à marcher.  Ah les jeunes d’aujourd’hui.. ».

J’avoue, je me fais vieux parfois aussi.

Comme un coup de vent, elle fly devant lui.

Et lui, ébranlé par la masse d’air de ce guépard aux écouteurs, recule de quelques pas et… tombe par arrière sur le dos.

À partir de là, tout se passe très vite.

La jeune fille revient pour l’aider à se relever mais en est incapable.

Mon leader de l’avant prend le contrôle, j’ouvre la porte de mon balcon et leur crie que je viens les aider.

En pyjama gris, les cheveux en broussaille, je mets mes souliers de travail propres car, ben, y sont faciles à mettre, pis je descend dans la rue.

Oui oui, je suis d’un chic fou.

J’aide le monsieur à se lever.

Il est confus. Il me dit qu’il reste loin, en haut de la cote… C’est à quatre coins de rues mais quand t’es vieux pis sonné, c’est loin en tabarouette.

Sauf que bon, j’ai pas vraiment le temps pis j’ai l’air du yable, faque… je lui offre immédiatement d’aller le reconduire.

Parce que vous savez ben qu’il était hors de question que je le laisse là sans rien faire.

La jeune fille me demande si j’ai besoin d’aide.

Je lui dis que non mais on convient qu’elle reste avec lui le temps que j’aille chercher mes clés et ma voiture.

Je sais pas pourquoi mais je ne la vois plus comme une jeune égoïste de sa génération maintenant.

En route, je jase un peu à notre monsieur.

Il vient d’arriver dans le quartier il y a une semaine. Il reste en résidence. Il a marché longtemps, il voulait s’acheter du linge dans son nouveau quartier.

Arrivé à sa résidence, je lui dis qu’il faut informer quelqu’un de sa chute.

Il refuse. J’insiste. Il refuse à nouveau. Je lui dis ok.

Et une fois qu’il est dans l’ascenseur, j’écoute mon leader de l’intérieur.

J’avise la réception malgré son refus. Je ne pouvais pas le laisser sans que quelqu’un vérifie comment il va.

Je ne sais pas ce qui lui est arrivé par la suite. J’espère qu’il est correct.

En revenant chez moi, je suis rempli de questions métaphilosophiques:

  • Pourquoi mon regard s’est-il attardé sur lui si longtemps, au moment précis où il a eu besoin d’aide?
  • Si je n’avais pas agi, qui l’aurait aidé?
  • Aurais-je pu vivre avec ma décision si j’avais plutôt décidé de ne pas sortir en pyjama?
  • Et… quelle était donc cette coïncidence d’aider un vieux monsieur qui faisait ses courses à pied dans son nouveau quartier, seulement quelques jours après avoir écrit comment j’aimais faire mes courses à pied dans mon nouveau quartier? Était-il une version future de moi-même coudonc?

Entéka, après, j’ai juste eu le goût d’écrire un texte.

Pas pour me vanter d’avoir fait une B.A.

Mais parce que je trouve que c’est un bel exemple au quotidien où j’ai navigué rapidement dans les diverses dimensions du leadership.

Réfléchir à mes valeurs, agir à partir de celles-ci, aller dans la dimension de l’avant pour rendre en charge, etc.

C’est clair pour moi que le leadership est partout.

Bien plus simplement que l’on pense, pas nécessairement dans des grandes situations.

Non, il se retrouve souvent plutôt dans nos toutes petites actions où on fait, un peu, un monde meilleur.

Agir ou ne pas agir.

Aider ou ne pas aider.

Alors si j’ai pu mettre un peu plus de bonté dans notre monde cette journée-là, ben j’ai pas mal l’impact que je veux avoir.

Pis je sais pas pour vous, mais moi, quand je serai vieux pis que je me péterai la fiole en marchant, j’espère que des « jeunes » m’aideront à me relever.

Et vous savez quoi? J’en suis convaincu.

Commentaires

  1. J’adore la manière que tu racontes cette histoire. Aucun doute, que lorsque nous portons vraiment attention à ce qui/quoi nous entoure, nous voyons alors avec des yeux différents, nous sommes plus attentif, comme si nous sommes invités à « goûter » la vie et à la savourer !

    1. Author

      Merci Christine. J’imagine que tu vies plein d’aventures et prend bien le temps de goûter à la vie à bord de « Merci la vie »… 🙂

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