Un sale virus

Dans Les p'tites vites by Yannick DionCommenter

J’en suis maintenant convaincu: j’ai contracté un virus contagieux qui a mis en place un plan diabolomachiavélique pour lentement, mais sûrement, m’infecter.

Soupir.

Bon, après tout, j’admet que j’ai couru après le trouble…

Y a un an environ, j’ai commencé à vouvoyer tous les inconnus à qui je m’adressais.

Tsé, la caissière de 17 ans à l’épicerie, la madame qui promène son chien pas loin de chez nous, etc etc etc etc etc etc etc. Oui, y a beaucoup de « etc » parce que, ben, des inconnus, on en croise beaucoup dans une semaine…

Bref, je me suis dit qu’un peu de gentillesse avec des inconnus ne pouvait pas faire de mal à personne.

Et bien, j’avais tort.

La gentillesse est un virus impitoyable. Et elle a réussi à m’infecter.

Comment?

D’abord, à cause de ce trip de « vous » soudain qui m’est venu parce que je trouvais que c’est poli pis respectueux, pis aussi parce que ça provoquait un peu des réactions, ben la gentillesse a commencé son plan d’attaque.

Parce que pour que ça paraisse que je vouvoyais les gens, il a fallu que j’ajoute « Comment allez-vous? » à mes bonjours bien sentis.

Parce que essayez pour voir de vouvouyer en disant juste « Bonjour ».

Même bien senti, y a pas de « vous » là-dedans.

Alors, c’est cette phrase qui marque le début l’infection abominable.

Tranquillement, j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à ceux à qui je le demandais.

Parce que moi, du monde qui me demande comment ça va pis qui écoute pas vraiment la réponse, ça m’a toujours un peu énervé.

Et le but de l’exercice était pas de m’autoénarver.

De les écouter m’obligeait à m’arrêter un peu.

Pour les regarder vraiment, pour m’intéresser, pour écouter leur réponse.

Et là, ils n’étaient plus des inconnus sans visage qui emballent mon épicerie.

Comme une petite toux, ben tout ça a commencé à amorcer des petites discussions express urbaines et sympathiques.

Un peu partout, à tout moment.

Tousse-tousse jase jase.

Et un jour, le plus gros symptôme confirmant l’infection est apparu : j’ai commencé à VRAIMENT avoir du fun et à AIMER ÇA!

C’était pu juste pour le fun de vouvoyer juste pour vouvoyer, pu juste pour le fun d’être gentil juste pour être gentil.

Cela me mettait vraiment, sincèrement, authentiquement, de bonne humeur d’être gentil.

Je ne jouais plus un jeu.

J’étais faite.

Gravement atteint.

Mais le pire est à venir encore.

Cette foutue maladie est contagieuse!

Ces gens, ces inconnus, ces « etc. » de ma vie se sont mis à êtreinfectés aussi.

Des signes de la maladie sont apparus chez eux-aussi après que j’aie été gentils avec eux.

Shit.

Alors, les amis, je vous le dis, watchez-vous.

Ne soyez pas trop polis, ne soyez pas trop gentils, et ne vouvoyez pas.

Parce que si comme pour moi, ça se propage autour de vous, je ne sais pas ce qui adviendra de notre époque et de nos grandes villes si impersonnelles, si froides.

Malheureusement, pour moi, il est trop tard.

Je suis infecté, gravement malade.

Oh, je sais qu’il me reste toujours le choix de prendre l’antidote : l’air de beu.

D’ailleurs, y zen vendent dans tous les dépanneurs, dans toutes les épiceries et dans toutes les grandes surfaces.

On en trouve aussi sur bien des coins de rues.

Mais vous savez-quoi?

Je pense bien que je ne le prendrai pas l’air de beu.

Au contraire, je pense que pour le reste de ma vie, je prends la résolution d’être encore plus malade, et d’essayer d’infecter le plus de monde possible.

Parce que finalement, une maladie de même, ça fait plutôt du bien.
______
Et vous, vous vous protégez ou ça vous tente d’infecter le monde un peu avec moi?

_____
Vous aimez mon blogue? Abonnez-vous en haut à gauche et faites le connaître à vos amis.

Commentez :)